Edito du dimanche

26 juin 2022

« Voici ce cœur qui a tant aimé le monde »

            Rayonnant depuis Paray-le-Monial (suite à des apparitions du Christ à une religieuse, sainte Marguerite-Marie Alacoque, entre 1673 et 1675), préparée par le normand saint Jean Eudes (1601-1681) qui favorisa cette dévotion (notamment dans notre diocèse d’Evreux), la fête du Sacré-Cœur de Jésus se célèbre dans toute la France le troisième vendredi après la Pentecôte depuis 1766. Le 23 août 1856, le pape Pie IX étend la fête du Sacré-Cœur à toute l’Église catholique et l’inscrit au calendrier liturgique universel. Ce dernier prévoit la possibilité de solenniser cette fête le dimanche qui suit afin de permettre à un plus grand nombre de fidèles d’y participer. Pourquoi donc s’arrêter particulièrement sur le cœur de Jésus lors d’une fête liturgique ?

La majorité des cultures ont reconnu dans le cœur le centre de la vie, l’organe dont le rythme scande chaque instant de l’existence biologique. Le cœur accompagne aussi l’Homme dans ses relations : il bat au rythme de ses sentiments les plus profonds, les plus secrets, marqués par l’amour. Plus largement et symboliquement le cœur apparaît comme quelque chose capable de s’ouvrir pour recevoir et se donner dans une relation, ou de se fermer dans une attitude plus méfiante ou égoïste. Ainsi la Bible parle du cœur pour exprimer le lieu le plus intime de l’Homme, où siège son être intérieur : ses sentiments, ses élans et ses désirs, mais aussi sa mémoire, sa volonté et son intelligence : on ne connaît qu’avec le cœur. Le cœur est le tout de la personne, son “jardin secret” que nul ne connaît, sinon Dieu seul. C’est le cœur qui cherche Dieu : c’est dans le cœur que Dieu se laisse trouver, car Dieu habite le cœur de l’Homme qui est par excellence le siège de l’amour.

L’Evangile, une école de l’amour, rapporte à longueur de versets les sentiments du cœur de Jésus, un cœur compatissant et passionné d’amour pour les hommes. Tous les commentateurs ont vu dans le côté transpercé de Jésus sur la croix, d’où ont jailli le sang et l’eau (cf. Jn 19, 34), la manifestation suprême de l’amour du cœur de Jésus, si bien exprimé par saint Jean au début de son récit du lavement des pieds : « Jésus … ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout » (Jn 13, 1). Toutefois, Jésus ne parle qu’une seule fois de son cœur, précisément pour inviter ceux qui peinent et qui souffrent à venir à lui et à se confier à son amour toujours disponible : « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi, je vous donnerai le repos. Prenez sur vous mon joug et devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez le repos pour vos âmes. Car mon joug est aisé et mon fardeau léger » (Mt 11, 28-30). Le cœur de Jésus est un refuge et un abri, il adoucit et allège le poids de la croix qui pèse parfois si lourdement sur nos épaules.

Dieu nous aime. En créant l’Homme, il l’a voulu digne d’amour et capable d’amour : il lui a façonné un cœur. Que ce cœur se ferme et l’Homme meurt de ne plus être aimé et de ne plus être capable d’aimer. Dieu refuse que le dernier mot de l’Homme soit dans cette mort. En Jésus, ce dernier mot est prononcé dans un cœur ouvert, transpercé sur la croix, alors même que la mort croyait le tenir en son pouvoir. Le Cœur transpercé du Christ est le signe paradoxal de la victoire de l’amour sur la mort. Ce geste est un appel lancé pour que notre cœur uni à celui du Christ s’ouvre pleinement à l’Amour et retrouve par là toute la saveur de la vie. Adorer le cœur de Jésus c’est donc se laisser éclairer par Lui, se mettre à l’école de Jésus, doux et humble de cœur, pour l’imiter de plus en plus, pour que notre cœur soit de plus en plus semblable au sien. C’est bien là « le cœur » de notre foi chrétienne…

« Le culte du Cœur Sacré de Jésus est en résumé le culte de l’amour que Dieu a pour nous en Jésus et en même temps la pratique de notre amour envers Dieu et les autres hommes. Ce culte se propose l’amour de Dieu envers nous comme objet d’adoration, d’action de grâce et d’imitation; il a pour fin de nous conduire à la perfection et à la plénitude de l’amour qui nous unit à Dieu et aux autres hommes, en suivant toujours plus allégrement le commandement nouveau que le divin Maître a laissé aux apôtres comme un héritage sacré, lorsqu’il leur a dit : « Je vous donne un commandement nouveau : que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés » » Pape Pie XII, Encyclique Haurietis aquas in gaudio sur la dévotion au Sacré-Cœur, n°60.                                               

Abbé Jimmy Faucillers, vicaire.

A partir du site internet du sanctuaire de Paray-le-Monial