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« Je vous donnerai un coeur nouveau » Ez 36,26


En 2015, la France a passé un cap démographique important : l’âge médian de sa population (c’est-à-dire l’âge coupant la population en deux parties égales) a passé la barre des 40 ans (il était à 30 ans dans les années 70 ; il est à 30 ans aujourd’hui pour la population mondiale). 50% de la population française a plus de 40 ans (et 20% à plus de 65 ans), illustration de son vieillissement, amorcé à la fin du XVIIIème siècle et qui s’accélère depuis les années 80.
Le philosophe allemand ENGELS pensait qu’à partir d’un certain nombre, la quantité devient une qualité, c’est-à-dire qu’un élément devenu majoritaire finit par changer l’identité d’un ensemble (beaucoup d’eau froide finit par rafraichir un seau d’eau bouillante qui devient alors un seau d’eau froide). Statisticiens, économistes, médecins, politiques, analysent ainsi chaque année l’évolution de ce vieillissement de la population et ses conséquences sur la vie du pays (consommation, caisses de solidarités sociales, équipement…). Et ces dernières semaines il en est qui ont relevé combien ce vieillissement influençait aussi de plus en plus la mentalité générale des sociétés occidentales, notamment dans leur manière de vivre et gérer la crise sanitaire que nous avons vécu : la fougue, l’énergie, pour ne pas dire l’inexpérience et l’inconscience de la jeunesse étant de plus en plus atténuées par la sagesse, la prudence, la retenu pour ne pas dire les craintes et les faiblesses des seniors, ces derniers faisant de plus en plus pencher la balance de leur côté par leur poids démographique (d’où l’importance grandissante de ce fameux « principe de précaution ») ; quel équilibre tenir pour qu’un peuple garde sa vitalité ? Sans verser dans le jeunisme, voilà une question importante pour nos sociétés vieillissantes : vers 2050, 1/3 de la population française aura plus de 60 ans…
Peut-on transposer cette réalité physique et psychologique à la troisième dimension d’un être humain, le spirituel ? Qu’en est-il de l’impact du vieillissement de la population sur la vie spirituelle d’une communauté chrétienne ? Là chose est délicate car, spirituellement, les tenants et aboutissants ne sont pas les mêmes. N’est-ce pas finalement à une vitalité de coeur, une jeunesse spirituelle, que nous conduit le Christ, la foi chrétienne ? Car n’en déplaise à ceux marqués par les images d’un Dieu le Père souvent représenté dans l’art sous les traits d’un vieillard barbu, il n’y a pas de vieillesse en Dieu, lui qui est l’Éternel ; « Dieu est Celui qui renouvelle toutes choses, sans cesse, parce qu’Il est toujours neuf : Dieu est jeune ! » nous dit le pape François. Au-delà de la question de l’âge moyen de nos communautés chrétiennes en occident (elles aussi vieillissantes il est vrai) et de l’impact de cela sur leur gestion matérielle, la question de « l’âge spirituel » de ces communautés me semble bien plus importante et capitale : rayonnent-elles de cette jeunesse, de cette vitalité de Dieu, de l’Évangile ? Ou bien somnolent-elle tranquillement dans un cocon capitonné, protecteur et rassurant, mais déclinant petit à petit ?
« L’Esprit rajeunit ! Ce qui fait vieillir, c’est le péché ! » résume le pape François. Voila le mal spirituel, le vieillissement intérieur qui menace l’humanité depuis que le péché a blessé le coeur de nos premiers parents, les coupant de la vie éternelle en Dieu : le vieillissement du péché qui peut conduire à la mort spirituelle. Et là, pas d’âge biologique qui ne tienne : un jeune baptisé peut déjà avoir un coeur sec au bord de l’asphyxie spirituelle, et un coeur plus âgé qui inquiéterait tout bon cardiologue peut se révéler d’une jeunesse d’âme rayonnante. Les communautés chrétiennes vivantes sont celles qui vivent de cette vitalité de Dieu, se renouvelant sans cesse à la source d’eau vive : la Parole, les Sacrements, la Prière… L’Évangile est vécu, transmis et annoncé ; c’est l’effet boule de neige : la qualité devient alors quantité…
Gardons ces paroles de Dieu à travers la voix du prophète Ézéchiel : « Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai. Je vous donnerai un coeur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le coeur de pierre, je vous donnerai un coeur de chair. Je mettrai en vous mon Esprit, je ferai que vous marchiez selon mes lois, que vous gardiez mes préceptes et leur soyez fidèles. » (Ez 36, 25-27). En cette fête du Sacré-Coeur demandons au Seigneur qu’il nous garde un coeur nouveau, un coeur de chair, un coeur rajeuni par la présence de son Esprit-Saint. Et pour cela, suivons les conseils que donnait saint Paul aux Éphésiens : « Il s’agit de vous défaire de votre conduite d’autrefois, c’est-à-dire de l’homme ancien corrompu par les convoitises qui l’entraînent dans l’erreur. Laissez-vous renouveler par la transformation spirituelle de votre pensée. Revêtez-vous de l’homme nouveau, créé, selon Dieu, dans la justice et la sainteté conformes à la vérité. » (Eph. 4, 22-24). Nos communautés rétrécissent ? C’est qu’elles vieillissent de coeur, qu’elles se sclérosent et se dessèchent. Convertissons-nous, allons puiser à la source d’eau vive de notre baptême, elles retrouveront leur vitalité. Jésus, doux, (jeune) et humble de coeur, rendez nos coeurs semblables au votre !


Abbé Jimmy Faucillers,