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Thème d’année:

Seigneur, apprends-nous à prier !

« Je ne suis pas chargée de vous le faire croire, je suis chargée de vous le dire ! »


En ce mois de février 1858, ils sont un peu bousculés les habitants de cette petite ville du fin fond de la Bigorre qu’est Lourdes. Alors que l’hiver déploie toute sa vigueur en cette bourgade accrochée aux pieds des Pyrénées, voici qu’une pauvre fille du village dit avoir vu « quelque chose de blanc ayant la forme d’une dame » dans la grotte de Massabielle, au bord du Gave, où elle ramassait du bois. La nouvelle se répand comme une trainé de poudre et finit par déchainer les passions. Rapidement on parle d’une « apparition » de la Vierge Marie, la fillette transmettant le nom que « aquero » (« cela » dans le dialecte gascon parlé là-bas), ou encore « la dame », lui a transmis : « Que soy era Immaculada Councepciou » (« Je suis l’Immaculée Conception »). Tout le monde y va de son avis, et les réactions sont parfois violentes envers la « voyante », la petite Bernadette Soubirous, traitée tour à tour de drôle, menteuse, folle, ivrognasse, trainée… Et le clergé n’est pas en reste… Le curé de Lourdes, l’abbé Peyramale, craint une cavale contre l’Église. En ce XIXème siècle scientiste, les phénomènes surnaturels sont regardés avec méfiance, voir moquerie ; il est fini ce temps de la crédulité moyenâgeuse, les Lumières et la science sont enfin à l’oeuvre pour libérer l’humanité de toutes ces superstitions… Tout trouvera bien une explication rationnelle le moment venu ; ils sont comptés les jours du surnaturel et de la religion…
Au milieu de cette tempête, l’attitude de Bernadette est remarquable : elle répond, elle persiste, elle corrige, humblement, paisiblement. Violentée, humiliée, calomniée, elle garde cette assurance et cette simplicité que les rencontres avec « la belle dame » ne font que renforcer. Elle ressent au plus profond de son coeur la vérité et la force de ce qu’elle vit, de ce que lui propose la « pétito damizélo » (« petite demoiselle ») : faire grandir encore plus ce lien puissant qui l’unit à Dieu. Elle fera un jour cette réponse lumineuse à certains de ses détracteurs : « Je ne suis pas chargée de vous le faire croire, je suis chargée de vous le dire ! ».
Il me semble que plusieurs décennies après, Bernadette nous donne un bel enseignement à nous, croyants du XXIème siècle, et qui avons peut-être tendance à parfois trop « rationaliser », « intellectualiser » notre foi. Ce n’est pas parce qu’elle avait tout compris, ni parce que ses apparitions sont rationnellement explicables que Bernadette est une bonne chrétienne, donnée en exemple. Bien sur elle connaissait des choses sur Dieu (son catéchisme, ses prières…) ; Dieu qui nous a créé intelligent ne peut pas nous demander d’étouffer notre intelligence pour le rencontrer ! Mais cette connaissance humaine de Dieu ne peut être parfaite et complète. Dieu est infini, parfait, un mystère qui dépasse notre petite intelligence humaine : il est Amour. Pour le rencontrer il faut donc continuer le chemin vers ce mystère d’Amour, éblouissant pour notre intelligence ; et pour cela il n’y a qu’un seul accès : notre coeur. C’est tout simplement parce qu’elle avait le coeur humble, pur, ouvert à Dieu, parce qu’elle avait ce lien de confiance, d’amour, en ce Dieu qui nous aime et dont elle savait la bonté, que Bernadette a pu aller encore plus loin dans sa foi et percevoir quelque chose de la présence divine à travers ces rencontres avec Marie dans la petite grotte de Lourdes.
« Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélée aux tout petits » ; elle est là la grandeur des saints, la grandeur de la sagesse des petits : ils nous montrent Dieu, nous aidant à élever notre regard vers le Ciel, nous rappelant que l’homme est capable de rencontrer Dieu s’il ouvre la porte de son coeur. « Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux » : que le Seigneur nous aide à grandir dans cette humilité d’esprit, humilité intellectuelle, nous conduisant à avancer sur le chemin de la foi, à franchir la porte de la foi pour aller plus loin dans cette rencontre de Dieu. Et pour cela, que l’Esprit-Saint viennent de jour en jour guérir nos coeurs, purifier nos coeurs, pour les tourner vers Dieu ; « Heureux les coeurs purs, ils verront Dieu ». Sainte Bernadette, priez pour nous !
Abbé Jimmy Faucillers, vicaire.