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« Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. »

Chers fidèles du Christ,

La Providence a fait que ces paroles de Jésus à la samaritaine furent les dernières à résonner en beaucoup d’églises de France le IIIème dimanche de Carême, dernier jour où furent possibles les messes publiques… Il me semble que c’est un clin d’œil du Bon Dieu en ce temps où une quarantaine sanitaire nous donne de vivre différemment notre habituelle quarantaine spirituelle du carême. De par les circonstances actuelles, plus que jamais nous sommes invités à méditer, approfondir, vivre cette phrase du Seigneur.

Empêchés d’avoir recours aux moyens ordinaires de notre vie chrétienne (messes, prières publiques, autres sacrements…), nous sommes contraints de revoir notre régime spirituel habituel. Force est de constater que cela nous bouscule : on se demande tous comment notre foi pourrait se vivre sans sa dimension rituelle et communautaire, principalement par le biais de la Sainte Messe dominicale. Chrétiens, nous sommes de par notre baptême membres du Corps du Christ, l’Église, unis par un lien spirituel au Seigneur et aux autres baptisés. La prière communautaire est l’occasion de rendre visible et de nourrir ce Corps mystique qu’est l’Église ; nos églises vidées, la visibilité de ce Corps (et par là la visibilité du Christ) s’estompe, et cela nous déboussole.

Réagissant à ce vide, on a pu voir se multiplier les demandes : « que faut-il faire monsieur l’abbé ? Il faut que vous fassiez quelque chose mon père ! Il faut nous dire que faire ! ». En partie pour y répondre on a vu fleurir ici et là des propositions que rendent possibles aujourd’hui les outils numériques : messes locales diffusées en direct ou en différé, catéchèses enregistrées, messages aux paroissiens… Bien sûr cela peut permettre de rendre visible autrement ce lien spirituel qui nous unit à notre communauté paroissiale, à ses prêtres… Mais avant de rechercher ou produire cette religion numérique de substitution par ces moyens matériels, il me semble qu’il faut profiter de ce contexte particulier pour (re)prendre conscience qu’il y a avant tout quelque chose de plus profond qui nous unit, quelque chose d’invisible et puissant, de spirituel, un lien surnaturel de charité : cet Esprit-Saint que nous avons reçu le jour de notre baptême et qui fait de nous, de l’Église, le Temple de l’Esprit. C’est là l’origine de ce qui nous unit au Seigneur et par là les uns les autres, et non pas simplement nos efforts humains pour passer du temps ensemble comme peut le faire une équipe de football par ses entrainements réguliers afin de grandir en cohésion et en niveau.

N’oublions pas que les actes visibles de notre foi (nos prières, les sacrements, le catéchisme, les partages d’Évangile, le chapelet…) ne sont que des moyens, et que le but recherché c’est l’union intérieure et invisible à Dieu par l’ouverture de notre cœur, notre prière personnelle : « On ne dira pas : “Voilà, il est ici !” ou bien : “Il est là !” En effet, voici que le règne de Dieu est à l’intérieur de vous » (Lc 17, 21). Dieu est là, en notre âme, nous avons reçu son Esprit-Saint, il nous dit : « Moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28,20).

Cette période difficile que nous vivons en ce moment aura surement le mérite de nous faire prendre du recul quant à notre manière actuelle de vivre, de nous recentrer sur l’essentiel, et de nous remettre en question. Faisons en sorte que notre foi bénéficie aussi de ces questionnements : la superficialité de notre société n’aurait-elle pas quelque influence sur notre foi ? l’impossibilité d’assister à la prière communautaire habituelle ne met-elle pas en lumière les faiblesses de notre prière personnelle ? n’avons-nous pas un peu oublié cette présence intérieure ? ce culte « en esprit » au profit d’un culte « en gestes et en paroles » ? Se préoccupant de « faire ses prières » plutôt que de « vivre les prières », c’est-à-dire vivre une rencontre, intérieure, spirituelle, avec ce Dieu d’Amour qui nous aime et qui veut notre amour en retour. N’avons-nous pas un peu négligé notre prière personnelle et/ou familiale, nous contentant de la seule prière communautaire par habitude ritualiste ? Jésus prévenait lui-même ses apôtres de cette pente naturelle du cœur malade de l’homme : « quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux carrefours pour bien se montrer aux hommes quand ils prient. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra. Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés. […] Vous donc, priez ainsi : Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne… » (Mt 6,5-7.9-10). Se reconnaitre enfant de Dieu, tisser ce lien d’amour avec ce Père céleste qui nous aime : c’est ainsi que s’enracine en nous cette présence surnaturelle et agissante de Dieu ; c’est alors que nous sommes unis les uns les autres.

Bien sûr cela est difficile pour nous de descendre au plus profond de notre cœur pour cette rencontre, et même parfois de garder cette présente de l’Esprit-Saint en notre âme (cet « état de grâce ») ; c’est là que nous prenons conscience des faiblesses, des blessures de notre cœur. Ce confinement nous met à l’épreuve et révèle aussi les faiblesses, les illusions de notre vie spirituelle. Oui, nous avons besoin d’être sauvés, de nous convertir ; c’est pour cela que Jésus est venu à nous, qu’il a voulu les sacrements, moyens par excellence pour nous conduire à cette union à Dieu, à cette vie dans l’Esprit la plus authentique possible. Voilà aussi pourquoi il a voulu l’Église, afin d’amorcer, soutenir, nourrir notre prière personnelle par la vie communautaire et nous guider sur le chemin de la Vie éternelle.

Aujourd’hui donc, alors que les sacrements ne nous sont que très rarement accessibles, il nous faut trouver d’autres moyens, « exceptionnels », surement moins simples, moins efficaces, moins enthousiasmants, mais indispensables pour continuer de sanctifier notre vie du quotidien avec Jésus, notamment le dimanche comme nous le demande le Seigneur. Mais n’oublions pas que le but sera toujours le même : Le laisser un temps rayonner sur nous ; prendre conscience de Sa présence et s’ouvrir à cette Présence. Et pour cela, à nous de vivre autrement des moments personnels d’intériorité, de silence, de prière, de dialogue, de méditation, aidés par la lecture de la Parole de Dieu (pourquoi par lire un Évangile en entier ?), par un partage d’Évangile ou la prière en famille, par un chapelet, un chemin de croix, la prière des vêpres ou des laudes, la lecture d’un livre spirituel… Bref, profitons de ce confinement forcé pour en faire un temps de retraite, de renouveau, et réformer, revigorer notre prière personnelle et familiale et ainsi palier un temps l’insuffisance de notre prière communautaire. Peut-être certains auront besoin de s’unir par les médias à telle ou telle célébration pour être entrainés (il y a des lieux qui le proposent habituellement depuis longtemps et de manière professionnelle, bien faites, comme Lourdes, KTO-TV…). Mais peut-être pas… On pourrait être au top niveau des moyens techniques (la super vidéo de l’abbé Machin, la messe en direct du père Truc, enchaîner les chapelets retransmis…) et passer complètement à côté de cette rencontre avec Dieu ; faire du religieux et non pas être avec Lui. A chacun de revoir ce qu’il peut faire, ce dont il a besoin, et peut être se donner un petit programme spirituel quotidien ou hebdomadaire durant cette période hors du commun.

Ainsi nous pouvons continuer à être éclairés, réchauffés par Sa présence, pour guider notre vie, guérir notre cœur du virus du péché, nous sanctifier, ressusciter de nos petites morts du quotidien et nous préparer à l’union parfaite qui nous sera proposée après le grand passage de la mort, vers la Vie ; là aussi nous sommes provoqués à la réflexion en ce moment : « Quant à ce jour et à cette heure-là, nul ne les connaît […] Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. » (Mt 24, 36.42). Car n’oublions pas que le bout du chemin n’est pas ici-bas sur terre, mais aux Cieux ; c’est à la mesure que nous nous exerçons à cette union à Dieu sur terre que nous serons capables de la vivre pleinement lorsque nous serons plongés dans l’Amour de Dieu lors de notre rencontre avec Lui après ce grand passage. Nous devenons de plus en plus capables de faire ce pour quoi nous sommes faits : aimer, adorer, louer Dieu, cause de notre seul bonheur véritable ; « Car Dieu nous a mis au monde pour le connaître, le servir et l’aimer et ainsi parvenir en Paradis. La béatitude nous fait participer à la nature divine et à la Vie éternelle (cf. Jn 17,3). Avec elle, l’homme entre dans la gloire du Christ (cf. Rm 8,18) et dans la jouissance de la vie trinitaire. » (Catéchisme de l’Église Catholique 1721). Et c’est Jésus qui nous guide sur ce chemin : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. » (Jean 11, 25-26).

Soyez assurés de notre prière chaque jour, le matin lors de l’adoration et des laudes à partir de 8h30, dans la journée lors de nos messes privées (les lovériens du centre-ville peuvent entendre une cloche sonner pour annoncer qu’un prêtre va dire sa messe dans l’église Notre-Dame et s’y unir dans la prière depuis chez eux), et le soir lors des vêpres à 19h. Que le lien spirituel qui nous unit en ressorte revigoré et fortifié. Dieu vous garde !

Abbé Jimmy Faucillers,

vicaire